août 2009
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ANTIGONE doucement.
Quel sera‑ t‑ il, mon bonheur? Quelle femme heureuse deviendra ‑t elle, la petite Antigone ? Quelles pauvretés faudra‑ t‑ il qu’elle fasse elle aussi, jour par jour, pour arracher avec ses dents son petit lambeau de bonheur? Dites, à qui devra‑ t‑elle mentir, à qui sourire, à qui se vendre? Qui devra‑ t‑elle laisser mourir en détournant le regard?
CRÉON hausse les épaules.
Tu es folle, tais‑ toi.
ANTIGONE
Non, je ne me tairai pas! Je veux savoir comment je m’y prendrai, moi aussi, pour être heureuse. Tout de suite, puisque c’est tout de suite qu’il faut choisir. Vous dites que c’est si beau la vie. Je veux savoir comment je m’y prendrai pour vivre.
CRÉON
Tu aimes Hémon?
ANTIGONE
Oui, j’aime Hémon. J’aime un Hémon dur et jeune; un Hémon exigeant et fidèle, comme moi. Mais si votre vie, votre bonheur doivent passer sur lui avec leur usure, si Hémon ne doit plus pâlir quand je pâlis, s’il ne doit plus me croire morte quand je suis en retard de cinq minutes, s’il ne doit plus se sentir seul au monde et me détester quand je ris sans qu’il sache pourquoi, s’il doit devenir près de moi le monsieur Hémon, s’il doit apprendre à dire «oui », lui aussi, alors je n’aime plus Hémon!